Quelques passages de la correspondance entre

La Reine Marie-Antoinette et le Comte de Fersen.

(Source: le Comte de Fersen et la Cour de France. Ecrits publiés par Le Baron de Klinckowström, petit-neveu du comte).

 

 

Du Comte de Fersen à la Reine Marie-Antoinette :

Bruxelles, ce 27 juin 1791 :

Le malheur affreux qui vient d'arriver doit changer entièrement la marche des affaires, et si l'on persiste dans la résolution où l'on était, de faire agir pour soi, ne le pouvant plus par soi-même, il est nécessaire de recommencer les négociations et de donner à cet effet un plein pouvoir. Il faut que la masse de puissances qui agira soit assez forte pour en imposer et préserver des jours précieux. Voici les questions auxquelles on doit répondre :

1° Veut-on qu'on agisse malgré toutes les défenses qu'on serait dans le cas de recevoir ?

2° Veut-on donner les pleins pouvoirs à Monsieur ou au Comte d'Artois ?

3° Veut-on qu'il emploie sous lui le Baron de Breteuil ou consent-on à Monsieur de Calonne ou veut-on lui en laisser le choix ? (…)

 

De la Reine Marie-Antoinette au Comte de Fersen :

Du 28 juin 1791,

Rassurez-vous sur nous ; nous vivons. Les chefs de l'Assemblée ont l'air de vouloir mettre de la douceur dans leur conduite. Parlez à mes parents de démarches du dehors ; S'ils ont peur, il faut composer avec eux.

 

De la Reine Marie-Antoinette au Comte de Fersen :

Le 8 juillet 1791.

Le roi pense que la prison resserrée où il est retenu et l'état de dégradation totale où l'Assemblée Nationale a porté la royauté, en ne lui laissant plus exercer aucun acte quelconque, est assez connu des puissances étrangères pour qu'il soit besoin de l'expliquer ici.

Le roi pense que c'est par la voie des négociations seule que leur secours pourrait être utile à lui et à son royaume ; Que la démonstration des forces ne doit être que secondaire et si l'on se refusait ici à toute voie de négociation.

Le roi pense que la force ouverte, même après une première déclaration, serait un danger incalculable, non seulement pour lui et sa famille, mais même pour tous les Français qui, dans l'intérieur du royaume, ne pensent pas dans le sens de la révolution. (…)Le roi pense qu'un plein pouvoir illimité tel qu'il ait composé, même en le datant du 20 juin, serait dangereux pour lui, dans l'état où il se trouve. Il est impossible qu'il ne fût pas communiqué, et tous les cabinets ne sont pas également secrets. (…)

Résumé : Il désire que la captivité du roi soit bien constatée et bien connue des puissances étrangères ; il désire que la bonne volonté de ses parents, amis et alliés et autres souverains, qui voudraient y concourir, se manifestât par une manière de congrès où on employât la voie des négociations, bien entendu qu'il y eût une force imposante pour les soutenir, mais toujours assez en arrière pour ne pas provoquer au crime et au massacre. Il sera important que le b. de Breteuil se réunisse avec les frères du roi et ceux qu'ils choisiront pour cette importante négociation. Le roi ne croit pas devoir ni pouvoir donner un plein pouvoir illimité ; mais il envoie ce papier écrit en blanc, pour être remis à ses frères.

Nous n'osons pas répondre au roi de Suède. Soyez près de lui l'interprète de notre reconnaissance et de notre attachement.

 

De la Reine Marie-Antoinette au Comte de Fersen :

Du 29 juin 1791 :

J'existe……….que j'ai été inquiète de vous et que je vous plains de tout ce que vous souffrez de n'avoir point de nos nouvelles ! Le ciel permettra que celle-ci vous arrive. Ne m'écrivez pas, ce serait nous exposer, et surtout ne revenez pas ici sous aucun prétexte. On sait que c'est vous qui nous avez sortis d'ici ; tout serait perdu si vous paraissiez ; nous sommes gardés à vue jour et nuit, cela m'est égal………..Soyez tranquille, il ne m'arrivera rien. L'Assemblée veut nous traiter avec douceur. Adieu…………..je ne pourrai plus vous écrire……………..*

(* certains passages ont été effacés ou sont illisibles).

 

De la Reine Marie-Antoinette au Comte de Fersen : (lettre chiffrée et déchiffrée de la main de Fersen).

Du 26 septembre 1791 :

Votre lettre du 28 m'est parvenue. Depuis deux mois je n'avais pas eu de vos nouvelles ; personne ne pouvait me dire où vous étiez. J'ai été au moment, si j'avais eu l'adresse, d'écrire à Sophie ; elle m'aurait dit où vous étiez……………(suivent 8 lignes effacées)………Nous voici dans une nouvelle position depuis l'acceptation du roi ; la refuser aurait été plus noble, mais cela était impossible dans les circonstances où nous sommes. J'aurais voulu que l'acceptation fût simple et plus courte, mais c'est le malheur de n'être entouré que de scélérats ; encore je vous assure que c'est le moins mauvais projet qui a passé. (…) ……………..Les folies des princes et des émigrants nous ont aussi forcés dans nos démarches ; il était essentiel, en acceptant, d'ôter tout le doute que ce n'était pas de bonne foi. Je crois que la meilleure manière de dégoûter de tout ceci est d'avoir l'air d'y être en entier ; Cela fera bientôt voit que rien ne peut aller. (…)

Vous ne sauriez croire combien tout ce que je fais dans ce moment me coûte, et encore cette vilaine race d'hommes, qui se disent attachés et qui ne nous ont jamais fait que du mal, sont-ils enragés dans ce moment ; il semble qu'on a l'âme assez basse pour faire avec plaisir tout ce qu'on est obligé ; Encore est-ce leur…………..Et leur conduite qui nous a entraînés dans la position où nous sommes. Je n'ai eu qu'un bonheur, c'est de revoir tous ces messieurs qui étaient enfermés pour nous, surtout monsieur Goguelat ; il est parfaitement raisonnable et sa tête s'est posée pendant sa prison. Adieu.

 

Du Comte de Fersen à la Reine Marie-Antoinette (lettre expédiée en chiffres par Fersen).

Bruxelles, ce 10 octobre 1791 :

Me voilà enfin de retour…………………..

Je vous plains d'avoir été forcés de sanctionner ; mais je sens votre position, elle est si affreuse, et il n'y avait pas d'autre parti. J'ai du moins la consolation que quelques gens raisonnables sont du même avis ; mais qu'allez-vous faire, tout espoir est-il perdu ? S'il en reste, ne vous laissez pas abattre, et, si vous voulez être aidés, j'espère que vous pourrez l'être. Mais il faudrait savoir pour cela vos désirs et vos projets, afin de modérer ou exciter la bonne volonté du roi de Suède et des autres puissances, car dans tous les cas les princes ne doivent n'être qu'auxiliaires. (…) L'imp., les Rois de Prusse, de Naples, de Sard. et d'Espagne sont fort bien, surtout les trois premiers ; La Suède se sacrifiera pour vous. L'Angleterre a assuré de sa neutralité. L'empereur est le moins voulant ; il est faible et indiscret ; il promet tout, mais son ministère qui craint de se compromettre et voudrait éviter de s'en mêler le retient surtout. De là, la contradiction que vous avez vu entre ses lettres et ce qu'il faisait. J'y ai été envoyé par le Roi avec des pleins pouvoirs illimités, pour proposer et accorder tout ce qui pourrait vous servir. (….)

Voici quelques questions auxquelles il serait nécessaire de répondre, pour que cela soit moins long, j'en garde les num., Et vous pourrez les indiquer par un, deux, trois.

1° Comptez-vous vous mettre sincèrement dans la Révolution et croyez-vous qu'il n'y a aucun autre moyen ?

2° Voulez-vous être aidés ou voulez-vous qu'on cesse toute négociation avec les cours ?

3° Avez-vous un plan et quel est-il ?

Pardonnez toutes ces questions, je me flatte que vous n'y verrez que le désir de vous servir et une preuve d'attachement et de dévouement sans bornes.

 

Du Comte de Fersen à la Reine Marie-Antoinette :

Ce 13 octobre 1791.

Je n'ai rien à ajouter à ma lettre d'hier. Insistez toujours vis-à-vis de l'empereur et pressez-le ; demandez qu'il vous dise franchement s'il veut faire ce que vous demandez. Je tâcherai de le faire pousser par les autres cours, que votre cœur ne se laisse pas aller aux enragés : ce sont des scélérats qui ne feront jamais rien pour vous ; il faut s'en méfier, et s'en servir.

J'ai confié au chevalier de Coigny une partie de mes négociations ; Je ne lui connais d'autres défauts que d'aimer Calonne. Je n'ai pas encore eu le temps que de déchiffrer le commencement de votre lettre. C'est la crainte de nous compromettre qui m'a empêché de vous écrire. Je suis à présent abîmé d'écritures ; je ne puis retourner en Suède, car je suis chargé de la correspondance du Roi. Le reste du chiffre ne signifie rien ; ce n'est que pour remplir le papier.

 

De la Reine Marie-Antoinette au Comte de Fersen :

Du 19 octobre 1791

Il nous est impossible de faire sortir l'écriture du B. sur les papiers et avec l'eau que le comte de Coigny nous a apportée. Mandez-moi tout de suite, par la poste, la manière de se servir de cette eau, et de quoi elle est composée, pour que, si celle-ci est mauvaise, nous puissions en faire faire d'autre.

J'écris à monsieur de Mercy pour presser pour le congrès. Je lui mande de vous communiquer ma lettre ; ainsi je n'entre pas en détail sur cela avec vous.

J'ai vu Monsieur de Moutier, qui désire fort aussi ce congrès. Il m'a donné même des idées pour les premières bases, que je trouve raisonnables. Il refuse le ministère et je l'y ai même engagé. C'est un homme à conserver pour un meilleur temps et il serait perdu.

Rassurez-vous, je ne me laisse pas aller aux enragés, et, si j'en vois ou que j'ai des relations avec quelques-uns d'eux, ce n'est que pour m'en servir, et ils me font tous trop horreur pour jamais me laisser aller à eux. (…)

Je ne puis vous dire combien je suis touchée de ce qu'a fait ce bon Crawford pour nous, le roi aussi ; je vous écrirai dans quelques jours ce qu'il faudra lui dire de notre part. Nous serons bien heureux de pouvoir faire quelque chose pour lui ; Il y a si peu de gens qui nous témoignent un vrai attachement ! on sait ici qu'il a été mêlé dans nos affaires, et j'ai eu bien peur pour sa maison. Tout est assez tranquille pour le moment en apparence, mais cette tranquillité ne tient qu'à un fil et le peuple est toujours comme il était, prêt à faire des horreurs ; on nous dit qu'il est pour nous, je n'en crois rien, au moins pour moi. Je sais le prix qu'il faut mettre à cela.

Vous ne me dites rien de votre santé. La mienne est bonne…………

Les Français sont atroces de tous les côtés : il faut bien prendre garde que si ceux d'ici ont l'avantage et qu'il faille vivre avec eux, ils ne puissent rien nous reprocher ; mais il faut penser aussi que si ceux du dehors redevenaient maîtres, il faut qu'on puisse ne pas leur déplaire……………………………..

 

Du Comte de Fersen à la Reine Marie-Antoinette :

Ce 19 octobre 1791 :

J'ai reçu des lettres de Suède parfaites. Le roi presse fort l'impératrice, qui est très bien disposée. Elle désire avoir une entrevue avec lui qui aura lieu dès que les frontières seront définitivement réglées ; c'est un grand mystère dont il est très important de ne parler à personne. Il serait intéressant que votre lettre à l'impératrice lui parvînt avant cette entrevue, cela ferait un bon effet. J'ai déjà mandé au Roi ce que vous voulez qu'on fasse et je vais le lui répéter encore. Le Baron de Taube est déjà revenu à mon idée pour un congrès, et je suis sûr que le roi pressera là-dessus. Il faut aussi le départ de tous les ministres et ambassadeurs par congé et que le tout se fasse le plus tôt possible ; mais il faudrait insister auprès de l'empereur pour qu'on fasse en même temps une démonstration de forces armées pour soutenir ce congrès, du moins faire des préparatifs pour la marche des troupes, sans cela il n'aura ni la force ni la considération qu'il doit avoir. (….)

 

Du Comte de Fersen à la Reine Marie-Antoinette :

Bruxelles, ce 4 décembre 1791 :

J'ai reçu vos lettres du 25 et 26. Nous enverrons celles aux rois de Suède et d'Espagne chiffrées, elles sont à merveille. Si vous vous décidez à écrire les secondes, nous les enverrons toutes deux en original. La note est parfaite ; Je l'ai remise au baron (de Breteuil). Je sens parfaitement toute l'horreur de votre position, mais jamais elle ne changera sans un secours étranger et par l'excès du mal seul. Le mal actuel fera place à un autre, mais vous serez toujours malheureux et les royaumes tomberont en dissolution ; jamais vous ne gagnerez les factieux, ils ont trop à craindre de vous et de votre caractère. Ils sentent trop tous leurs torts pour ne pas craindre la vengeance et pour ne pas vous tenir toujours dans l'état de captivité où vous êtes, en vous empêchant même de faire usage de l'autorité qui vous est confiée par la constitution. Ils accoutument le peuple à ne plus vous respecter et ne plus vous aimer. La noblesse se croyant abandonnée par vous, ne croira vous rien devoir ; elle agira pour elle-même, par elle-même avec les princes. Elle vous reprochera sa ruine et vous perdrez encore son attachement, ainsi que celui de tous les partis, dont les uns vous accuseront de les avoir trahis, les autres de les avoir abandonnés. Vous serez avilis aux yeux des puissances de l'Europe, qui vous accuseront de lâcheté, et la faiblesse dont elles vous accuseront les empêchera de s'allier avec un pays ruiné et qui ne pourra plus leur être d'aucune utilité. (…)

 

Du Comte de Fersen à la Reine Marie-Antoinette.

Ce 24 janvier 1792.

Vous verrez par la lettre du Roi de Prusse que ses dispositions sont bonnes, mais qu'il ne veut rien faire pour l'empereur. Il ne s'agit donc plus que de pousser le roi de Prusse à faire à ce prince des propositions positives. J'ai reçu une lettre d'Espagne parfaire dont je vous dirai les détails ; Celles de Russie le sont de même. L'impératrice dit au roi de Suède : peut-être la Reine de France elle-même sera-t-elle dans la nécessité de réclamer l'assistance de son frère. V.M doit savoir mieux que moi s'il sera difficile de l'y porter. L'impératrice sera entièrement convaincue là-dessus par votre lettre. (…°) Mais le roi et l'impératrice insistent toujours sur une nouvelle fuite, et je vous porte en mémoire là-dessus et des lettres du roi. Son projet est qu'elle s'exécute par mer et par des Anglais. Je vous porterai de nouvelles preuves sur la conduite de l'empereur. On dit la Reine du Portugal fort bien disposée ; Elle a beaucoup d'argent et on dit qu'elle en donnerait. Je crois qu'il serait bon de lui écrire ; cela la déciderait. (…)

 

Du Comte de Fersen à la Reine Marie-Antoinette.

Ce 6 février 1792.

Il faut absolument vous tirer de l'état où vous êtes, et il n'y a que des moyens violents qui puissent vous en tirer…   ..Le petit archiduc a dit à l'ordre, aux officiers, qu'il allait en recevoir, pour que tout fût prêt ici pour le 1 er mars, que 6000 hommes étaient déjà partis et que 14000 autres allaient les suivre ; que la guerre contre la France paraissait sûre. M. de Metternich a dit qu'on allait enfin changer de langage, qu'il n'attendait que la décision du conseil du Brabant, sur les personnes dernièrement arrêtées, pour remettre une note très forte sur ce sujet à M. de la Gravière ; il a ajouté qu'on apprendrait bientôt des nouvelles de Prusse, plus intéressantes que celles du suicide de M. de Ségur ; malgré cela, je ne croirai à rien de la part de l'empereur avant d'en avoir les effets.

On dit qu'on veut que le Roi impose son veto au décret sur les passeports. Ceux qui conseillent cet acte veulent ensuite le présenter comme un acte de liberté, et je crois que le roi doit sanctionner. Les factieux présenteraient le refus comme une preuve qu'il veut s'en aller et en conserver les moyens, et comme ce décret est une chose vexatoire qui pèse sur le peuple surtout, à cause du papier timbré, il faut lui en laisser sentir tout le poids. D'ailleurs, malgré le veto du roi, les jacobins, par leur influence, feront vexer les voyageurs. Le veto ne sera bon à rien, et l'on sera toujours obligé de prendre des passeports. Le roi peut alléguer, contre les conseils du veto, le désir qu'il a de prouver qu'il ne veut pas s'en aller.

 

De la Reine Marie-Antoinette au Comte de Fersen. (Billet en chiffre, déchiffré de la main du comte de Fersen).

N°2. Ce 20 mars 1792.

M. de Laporte ne reçoit plus de journaux depuis un mois. Je crains que vous m'ayez écris par là, d'autant que j'ai vu dans une lettre de M.C que vous l'adressiez à moi pour les détails. Je n'ai rien reçu de vous depuis votre retour. Il ne faudra plus se servir des journaux, il y a à croire qu'on les arrête.

La dépêche de Vienne fait beaucoup de bruit ici ; pour moi, je ne la comprends pas. Je crains bien qu'il n'y ait encore de la mauvaise volonté. Il est clait qu'il veut gagner du temps pour ne rien faire. M. Gog vous a envoyé tous les papiers sur cela. Adieu……………………….

 

Du Comte de Fersen à la Reine Marie-Antoinette.

Ce 19 avril 1792.

J'ai reçu hier le n°quatre, mais le n° trois manque. M. Gog est arrivé ce matin ; Il porte de bonnes nouvelles, mais elles ne seraient encore rien, si nous n'en avions reçu de plus positives de Berlin ; il paraît qu'on est enfin décidé à faire marcher, et le Baron Thugut l'a dit que baron de Breteuil sous le plus grand secret. Je vous enverrai les détails, samedi, dans des caisses de biscottes. Envoyez mardi à 6 heures du soir, chez MC (Craufurd) ; Faites demander madame Toscani, elle remettra les papiers. M. Gog part demain matin, il passe par la France.

 

De la Reine Marie-Antoinette au Comte de Fersen.

Ce 19 avril 1792.

Ce qui suit est sous le même chiffre de même, mais vous pouvez le faire déchiffrer par un autre. Il faut que Breteuil dise tout cela de ma part à M. de Mercy, que je n'ai pas osé lui écrire directement, ni par le secrétaire, parce que je suis horriblement espionnée dans ce moment. Peut-être même ne pourrais-je plus vous écrire. J'en chercherai toujours les moyens……. (2 lignes sont effacées)……….

Le roi désire que le roi d'Angleterre sache seul que la lettre que M. Chauvelin porte, et qui est de sa main, n'est au moins pas son style.

Adieu. Je vous ferai écrire dans deux jours dans l'enveloppe du Moniteur.

Les ministres et les jacobins font déclarer demain au roi la guerre à la maison d'Autriche, sous prétexte que par ses traités de l'année dernière elle a manqué à celui d'alliance de cinquante-six, et qu'elle n'a pas répondu catégoriquement à la dernière dépêche. Les ministres espèrent que cette démarche fera peur fera peur et qu'on négociera dans trois semaines. Dieu veuille que cela ne soit point et qu'enfin on se venge de tous les outrages qu'on reçoit dans ce pays-ci ! Dans ce qui sera dit-on se plaint beaucoup des procédés de la Prusse, mais on ne l'attaque pas.

 

Du Comte de Fersen à la Reine Marie-Antoinette :

Ce 8 avril 1793,

La position où vous aller vous trouver va être très embarassante, vous aurez de grandes obligations à un gueux, qui, dans le fait, n'a cédé qu'à la nécessité, et n'a voulu se bien conduire que lorsqu'il voyait l'impossibilité de résister plus longtemps. Voilà tout son mérite envers vous ; mais cet homme est utile, il faut s'en servir et oublier le passé ; avoir même l'air de croire ce qu'il dira de ses bonnes intentions, agir même franchement avec lui, pour que les choses que vous pouvez désirer, et le rétablissement de la monarchie dans son entier, et telle que vous la voulez et que les circonstances le permettent.

Vis-à-vis de Dumouriez, vous ne risquez rien ; Son intérêt est en ce moment intimement lié au vôtre et au rétablissement de votre autorité comme régente. Il doit craindre celle de Monsieur et l'influence des princes et des émigrés ; mais il faudrait tâcher de ne pas trop vous engager avec lui, et surtout écarter le plus possible tous les autres intrigants qu'il voudra placer et recommander ; Ces gens vous seront incommodes, et il sera facile de lui prouver qu'ils le seront même pour lui (…) c'est un homme vain et avide, il sentira la force de ce raisonnement, et votre esprit vous suggérera mieux que moi les choses à lui dire là-dessus.

Votre volonté sur le rétablissement de la monarchie sera encore gênée par les puissances coalisées. Il n'y a plus de doute que le démembrement partiel du Royaume ne soit décidé ; leur intérêt, j'en excepte la Prusse, la Russie et l'Espagne, est de donner à la France un gouvernement qui la tienne dans un état de faiblesse.

M. de Mercy ne peut et ne doit vous donner de conseil que d'après cette base. Il faut donc vous défier un peu de ce qu'il vous dira là-dessus, et mettre en opposition les avis des gens sages, intéressés comme vous au rétablissement de la monarchie et de votre autorité ; de cette opposition peut-être naîtra un résultat moins défavorable pour vous.

Vous ne pouvez être régente sans le chancelier et l'enregistrement des Parlements, et il est intéressant à'insister là-dessus ; c'est même une raison pour faire le moins de choses possible jusqu'à cette époque. Il vous faut un conseil de régence, il faudrait le convoquer avant de rien faire. Il ne faut pas hésiter à appeler les princes, même le prince de Condé. ; C'est un moyen de le rendre nul ; il faut tâcher d'empêcher Dumouriez de vouloir en être président ou membre, et lui parler franchement là-dessus, s'il en témoigne le moindre désir.

En tout, jusqu'au moment où vous serez reconnue régente, et où vous aurez formé votre conseil, il faut faire le moins possible et payer tout le monde en politesses. (…)

Mon zèle m'a seul dicté ces aperçus. Les circonstances peuvent les faire varier à l'infini, et ils ne sont bons que pour les méditer. Il faudrait écrire à l'Empereur, aux Rois de Prusse et d'Angleterre ; ils ont été parfaits pour vous, surtout le roi de Prusse. Il faudrait aussi écrire à l'Impératrice ; mais une lettre simple et digne, car je ne suis pas content de sa conduite ; elle n'a jamais répondu à votre lettre.