•  Mort du prince héritier :

'est le Duc Charles qui devient Charles XIII, Roi de Suède. Mais étant donné qu'il n'a aucune descendance un prince héritier doit être désigné. Ce sera Kristian August Augustenborg, appelé Karl August, commandant en chef en Norvège lors du coup d'Etat en Suède. Axel et son frère Fabian, font partis de la délégation chargée d'accueillir le prince héritier. En novembre 1809, Charles XIII est atteint d'une hémorragie cérébrale. Il est sauvé, mais on parle plus que jamais du règne de Karl-August, on se préoccupe même de sa descendance. Pendant ce temps Gustave IV Adolphe et sa famille sont exilés en Allemagne. De son côté Fersen est de plus en plus écarté du pouvoir politique et du premier gouvernement issu de la nouvelle constitution. La Suède tend vers l'égalité des droits, les nobles perdent un grand nombre de leurs privilèges passés. Axel de Fersen est de plus en plus isolé, ce pays, cette nouvelle Europe n'a plus rien à voir avec ce qu'il a connu. Il reste attaché à l'Ancien Régime, il est conservateur et a du mal à accepter la tournure des évènements. C'est un homme du passé et c'est justement ce qu'on lui reproche.

En tant que Maréchal du Royaume, Fersen doit conduire le prince héritier au château de Drottninggholm. Mais le prince n'a pas l'air en très bonne santé, il est souvent malade. Les pamphlets alimentent déjà la rumeur, et on soupçonne la comtesse Piper, aidé de la Reine d'avoir empoisonné le prince héritier. Un constitutionnel actif, Grevesmöhlen s'occupe de répandre la rumeur. Les Suédois ont toujours à l'esprit les morts subites survenues dans l'entourage de Sophie Piper, en commençant par Evert Taube.

Epuisé et malade, Karl-August est en permanence suivi par un médecin particulier, Rossi, qui s'avère être le médecin de famille des Fersen. Mais cela ne sera pas suffisant, le 28 mai 1810, Karl August tombe de cheval lors de l'inspection d'un régiment de hussards. Il faisait un froid glacial et des témoins disent l'avoir vu chanceler, perdre le contrôle de son cheval et tomber. Malgré les secours, dont son médecin Rossi, Karl-August meurt.

C'est alors que les pires rumeurs circulent, dont l'empoisonnement du prince héritier. Une autopsie immédiate est demandée. Sparre, le chef de cabinet du prince refuse dans un premier temps puis fini par accepter se disant que l'accord de Stockholm serait long à venir. C'est le docteur Rossi, assisté de cinq médecins qui pratique l'autopsie. Les résultats de l'autopsie révèlent que la mort est due à une attaque, qu'il n'est nullement question d'empoisonnement. Une fois de plus la Suède se retrouve sans prince héritier, ce qui accable encore plus le pauvre Charles XIII, dont la santé faiblie. On pense alors à Fredrik Christian, frère du défunt prince pour le remplacer. Pendant ce temps, des experts médicaux sont envoyés par le gouvernement pour faire l'autopsie de Karl-August et constatent que l'acte médical a déjà été effectué. Les rumeurs vont bon train et Charles XIII lui-même est persuadé que le prince a été assassiné.

Le Roi soupçonne les Gustaviens, dont son épouse fait partie. Il souhaite étouffer l'affaire, mais il est déjà trop tard. Le peuple gronde, des tracts circulent et des groupes se rassemblent devant l'hôtel particulier des Fersen. Les comtes de Fersen et Sophie Piper sont directement visés. Des pamphlets qui décrivent « la conspiration des Fersen » sont distribués dans tout Stockholm. Un témoin dit même avoir entendu le Roi dire « Si j'étais à la place de Fersen, je demanderais à être arrêté et j'exigerais d'être jugé. Cela les ferait taire tous. ». Mais Axel de Fersen est loin de tout cela, il est en congé, en province chez Emelie et se souci peu des bruits qui courent.

•  Le 20 Juin 1810 : Le dernier voyage :

 n tant que maréchal du royaume Fersen doit regagner Stockholm pour s'occuper des funérailles du prince. Emelie, consciente du danger tente de l'en dissuader, mais fidèle à ses principes et à ses devoirs, il part pour Stockholm. Ce qu'il ne sait pas c'est que dans la capitale, on le soupçonne d'être à la tête du mouvement Gustaviens qui aurait soit disant assassiné le prince. D'autant plus que l'autopsie est remise en cause par les médecins experts du gouvernement et Rossi, le médecin de Fersen est accusé d'incapacité et de complicité.

Axel de Fersen souhaite parler au Roi pour l'organisation des funérailles, mais aucune audience ne lui sera accordée. Il est totalement sidéré. Selon les témoignages, il part en disant « Si le Roi n'a pas le temps de parler à son maréchal du royaume des mesures à prendre pour le cortège funèbre, alors je m'éloigne ».

Face aux violences et à l'agitation prévue, le préfet de Stockholm demande au Roi de dissuader Fersen de participer au cortège. Ce à quoi le Roi répond « Cela ne fera pas de mal si le monsieur en question voit sa voiture un peu salie ». C'est le général Silfversparre qui est chargé ce jour là de maintenir l'ordre, demande au Roi l'autorisation de distribuer des cartouches à ses soldats et le droit de riposter en cas d'émeutes. Mais une fois de plus le Roi refuse et dit « il n'y aurait rien de mal à ce que ce monsieur hautain reçoive une leçon ». Le 19 juin au soir, la bière est distribuée à flot dans tout Stockholm et le 20 juin au matin les cabarets ouvrent tôt. On donne même de l'argent aux marins pour boire, tout le monde sait ce qui va se passer.

Pendant ce temps Fersen se prépare. Son serviteur le met en garde et tente de le dissuader, mais rien n'y fait. Ni les mises en garde de ses proches, ni même les lettres anonymes et menaçantes qu'il a reçu, dont voici un extrait « Un seul mot peut t'écraser misérable ! Méprisable créature, avec ta prétendue grandeur et toute ta splendeur, sache que le dernier des paysans te crache dessus ».

Mais Axel de Fersen n'a pas peur, il se moque des menaces et méprise les enragés, comme autrefois les "enragés" Français. C'est donc calme et détendu qu'il monte dans son beau carrosse et quitte sa propriété. A midi le cortège funèbre se met en route. Les cloches des églises sonnent au rythme de la marche funèbre. Silfversparre est en tête du cortège, suivent les voitures de Cour. Le carrosse étincelant du maréchal est suivi du corbillard. Mais peu de temps après le départ du convoi, l'agitation commence, ce sont d'abord des insultes verbales, crachats, mais Fersen reste calme. Il regarde droit devant lui, ne faiblit pas, peut-être songe-t-il à la fuite à Varennes, survenue il y a 19 ans jour pour jour. Il a si souvent mentionné cette date du 20 juin dans son journal, se reprochant d'avoir cédé au Roi, de les avoir quitté au premier relais et de n'avoir pu sauver la Reine ou de ne pas être mort pour Elle….Et voilà qu'une fois de plus, un 20 juin tragique survient dans sa vie, ce sera le dernier. Après les insultes, viennent les jets de pierres sur le carrosse, à son passage il entend « Le voilà le meurtrier ! », sa voiture est secouée et les vitres volent en éclats. Axel de Fersen saigne au visage, mais ne bouge pas, il est toujours sûr de lui, froid et impassible. Les cochers et laquais sont atteints par des pierres, la foule devient de plus en plus menaçante et se presse dangereusement autour du carrosse du maréchal. On entend crier « Mort à Fersen ! Mort au meurtrier ! ». Axel demande à un cavalier d'aller chercher de l'aide. Silfvesparre est prévenu, mais ne se presse pas pour intervenir. Fersen reçoit pierres et ordures, il se protège le visage ensanglanté comme il peut. Mais le carrosse est immobilisé. Un ancien adjudant, Bartholin, fait sortir Fersen du carrosse et l'entraîne vers une maison. Silfvesparre arrive alors et engage Fersen à se protéger dans la maison. Il est amené dans le cabaret au premier étage et dit «  Tout cela est pour moi une surprise. Je ne sais pas ce que j'ai bien pu faire au peuple ». . Ses habits sont en lambeaux, il respire péniblement. Mais la foule n'est pas calmée pour autant et Silfvesparre comprend tout à coup, que le peuple ne s'arrêtera pas à quelques insultes ou maltraitances. Il tente de calmer la foule rassemblée devant la maison où se trouve Fersen, en promettant son arrestation. Mais les injures continuent et Fersen entend même en français : « c'est vous le responsable de la Révolution Française ! ». Axel est bousculé, ses décorations arrachées, il est traîné dehors. Il tente de se justifier « Je suis innocent ! J'aimais le prince héritier et je déplore sa mort autant que vous ! », mais les agitateurs le poussent dans l'escalier pour le faire sortir de la maison et descendre dans la rue. Silfvesparre tient Fersen par le bras, promettant à la foule de l'amener à l'hôtel de ville pour qu'il soit arrêté. Les insurgés les bousculent, tape Fersen avec ce qu'ils peuvent. Silfvesparre est également blessé. Une fois dans la rue, Fersen demande à un général à cheval de l'aider et de le sauver, mais la foule en délire le pousse, le met à terre, le tire jusqu'à la place de la noblesse. Les deux cents hommes de la garde royale ne bougent pas, ils ont reçu des ordres. Fersen est poussé à coups de pieds et de cannes contre la porte de l'hôtel de ville. Les gardiens parviennent à le faire entrer, un laquais l'a rejoint. Mais la foule force la porte et se rue de nouveau sur le pauvre malheureux et le serviteur. Ils hurlent « Est-ce ton serviteur ? ». Conscient de la situation Fersen répond « Non, je ne le connaît pas ». Ils sortent Fersen dans la rue et l'achèvent lamentablement à coups de cannes et de parapluies. Ils sautent sur le corps, dansent et le piétinent. Pendant ce temps, Silfvesparre, les gardes, les fonctionnaires de police assistent calmement à la scène. Axel de Fersen est mort, sacrifié à une foule déchaînée.

Aucun des assassins de Fersen n'est condamné pour meurtre. Juste pour « participation à l'émeute » ou encore « avoir avoué des actes de violences ». La plupart sont graciés par Charles XIII quelques années après.

L'enquête sur la mort de Karl-Auguste révéla que le prince n'est pas mort d'empoisonnement, et les Fersen sont entièrement disculpés.

Sophie Piper se bat pour la réhabilitation de son frère, qu'elle fini par obtenir. Le 2 décembre 1810, il est réhabilité et en tant que maréchal du royaume et détenteur de l'ordre des Séraphins, il a droit à des obsèques officielles avec honneurs.

Sophie fit élever un monument à la mémoire de son frère :

 Comte Axel de Fersen, grand maréchal de Suède

Chancelier de l'académie d'Uppsala, général de cavalerie,

Chevalier et commandeur des principaux ordres du royaume,

Né le 4 septembre 1755,

Lui qui voulait combattre l'anarchie et la fureur populaire,

Il en a été victime le 20 juin 1810,

Que son innocence soit reconnue

Que vienne la vengeance des innocents,

La gloire et la vérité,

Sa mémoire les garde.